QUAND ARRÊTER LES INJECTIONS D’ACIDE HYALURONIQUE DU VISAGE

L’excès des injections de comblement

Les injections d’acide hyaluronique occupent aujourd’hui une place majeure en médecine esthétique du visage. Utilisées de manière raisonnée, elles permettent de restaurer les volumes perdus, de soutenir certaines structures affaiblies par le temps et d’améliorer l’harmonie globale du visage. Leur popularité repose sur leur efficacité, leur caractère réversible et leur excellente tolérance lorsqu’elles sont pratiquées dans un cadre médical rigoureux.
Cependant, une question revient de plus en plus fréquemment lors des consultations à Genève : faut-il, et surtout quand faut-il, arrêter les injections d’acide hyaluronique du visage ?
Contrairement à certaines idées reçues, l’arrêt des injections ne répond ni à une règle fixe ni à un âge prédéfini. Il s’agit d’une décision médicale complexe, qui repose sur l’analyse de l’anatomie, de l’évolution du vieillissement, de la qualité des tissus et du ressenti du patient.

Sommaire

Il n’existe pas de durée universelle pour poursuivre les injections

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à penser que les injections d’acide hyaluronique doivent être poursuivies de manière continue, année après année, selon un schéma identique. En réalité, il n’existe aucune durée standard au-delà de laquelle il faudrait impérativement arrêter ou, à l’inverse, continuer.
La décision dépend de multiples facteurs : l’âge biologique du patient, la qualité de la peau et des tissus sous-jacents, la morphologie du visage, les zones déjà traitées, la réponse individuelle aux injections.
Chez certains patients, quelques séances bien ciblées suffisent à obtenir un équilibre durable. Chez d’autres, une poursuite raisonnée est possible pendant plusieurs années, à condition d’adapter constamment la stratégie thérapeutique.

Quand l’acide hyaluronique ne corrige plus, mais alourdit

L’un des signaux les plus clairs indiquant qu’il est temps d’arrêter ou de suspendre les injections d’acide hyaluronique est l’apparition d’un alourdissement du visage. Ce phénomène ne survient pas nécessairement à la suite d’erreurs techniques, mais peut résulter d’une accumulation progressive de produit dans des tissus qui ne sont plus en mesure de l’intégrer harmonieusement.
Un visage alourdi peut se traduire par : des contours moins nets, une perte de relief naturel, un aspect gonflé sans effet de rajeunissement, une impression de visage figé malgré l’absence d’injection de toxine botulique.
Dans ces situations, poursuivre les injection risque d’accentuer le déséquilibre au lieu de l’améliorer. L’arrêt devient alors un choix médical logique.

Quand le patient ne se reconnaît plus dans le miroir : perte de naturel

Au-delà des critères purement anatomiques, le ressenti du patient est un élément central dans la décision d’arrêter les injections d’acide hyaluronique. La médecine esthétique ne vise pas uniquement un résultat visible, mais une cohérence entre l’image extérieure et l’identité intérieure.
Des signaux doivent alerter le médecin : le sentiment de ne plus se reconnaître, une insatisfaction persistante malgré des résultats techniquement corrects, le besoin de corrections de plus en plus fréquentes, une focalisation excessive sur des détails minimes.
Dans ces situations, l’arrêt des injections peut constituer une étape thérapeutique essentielle, permettant de restaurer une relation plus apaisée avec son image.

Quand le visage perd sa singularité

Un premier signal d’alerte réside dans l’altération de votre identité faciale. Les injections d’acide hyaluronique ont pour vocation de restaurer, corriger ou harmoniser les traits, et non de les transformer au point d’en compromettre la reconnaissance. Il devient alors légitime d’envisager une interruption — ou, à tout le moins, une réduction — des injections lorsque :

  • Les volumes apportés prédominent sur l’architecture naturelle du visage, entraînant des excès visibles (pommettes exagérées, lèvres surdimensionnées, menton ou mâchoire trop marqués).
  • Vous éprouvez la sensation de ne plus vous reconnaître dans le miroir, ou que votre visage tend à se conformer à des modèles stéréotypés largement diffusés sur les réseaux sociaux, au détriment de ce qui constituait votre singularité.

 

Quand il y a une diminution de l’efficacité perçue

Avec le temps, lorsque les injections se succèdent sans réévaluation globale de la stratégie esthétique, le visage peut apparaître surchargé, sans pour autant gagner en jeunesse ni en fraîcheur. Il peut alors en résulter :

  • Un besoin croissant de volume pour maintenir le même effet, avec des résultats de plus en plus modestes.
  • Une lourdeur dans certaines zones (vallée des larmes remplie excessivement, sillon nasogénien comblé mais bloqué, lèvres épaisses mais peu naturelles).
  • Un décalage entre l’investissement (temps, argent, inconfort) et la satisfaction réelle.

Quand il y a une saturation des tissus

constitue également un facteur limitant. Une peau particulièrement fine ou fragilisée par le vieillissement, l’exposition solaire ou certaines pathologies tolère difficilement la répétition d’injections à visée volumatrice. L’accumulation de produit expose alors au risque :

  • De faire apparaître des reliefs inesthétiques tels que des irrégularités, des nodules palpables ou visibles, un aspect ondulé ou une correction excessive.

  • D’altérer les rapports anatomiques naturels, avec l’apparition de poches ou de démarcations nettes entre les zones injectées et celles qui ne le sont pas.

  • D’exercer des contraintes mécaniques artificielles sur des tissus déjà distendus ou relâchés.


Dans ces situations, la poursuite des injections ne constitue plus une option pertinente. Il est alors plus cohérent d’envisager leur arrêt ou leur limitation, et de s’orienter vers des alternatives plus adaptées, telles qu’une prise en charge de la qualité cutanée, des mesures d’hygiène de vie, ou, dans certains cas précisément indiqués, une approche chirurgicale.

Quand la motivation devient surtout psychologique

Les injections d’acide hyaluronique n’ont pas vocation à traiter un mal-être profond, un trouble de l’estime de soi ou une dysmorphophobie. Il est temps de questionner la poursuite des traitements lorsque :

  • Vous ressentez une angoisse à l’idée de voir diminuer un volume, même de façon subtile.
  • Vous cherchez dans chaque séance une forme d’apaisement qui ne dure que quelques jours.
  • Vous multipliez les zones à traiter pour traquer le moindre « défaut » plutôt que viser une amélioration globale raisonnable.

Dans cette situation, la meilleure décision médicale peut être de suspendre les injections, de laisser le visage se stabiliser et, si nécessaire, de proposer un soutien psychologique. Continuer à injecter ne ferait que renforcer la dépendance au geste sans traiter le fond.

Quand l’équilibre de vie est compromis

Un autre critère, souvent sous-estimé, est l’équilibre global :

  • Si le budget consacré aux injections devient une source de tension ou de culpabilité.
  • Si les rendez-vous, les suites et les contraintes organisationnelles prennent une place disproportionnée dans votre agenda.
  • Si vous avez le sentiment d’être à la recherche d’une image idéale au détriment d’autres priorités (santé générale, projets, vie sociale).

Cela ne signifie pas que les injections sont toujours à proscrire, mais qu’il est temps de les remettre à leur juste place, voire de faire une pause pour retrouver un rapport plus serein à votre apparence.

Comment arrêter les injections d’acide hyaluronique ?

L’arrêt des injections d’acide hyaluronique peut s’envisager de manière progressive, mesurée et pleinement réfléchie :

  • En cessant de retoucher certaines zones afin d’évaluer, après résorption du produit, ce qui constitue réellement une gêne ou une attente prioritaire.

  • En espaçant les séances, en réduisant les volumes injectés et en privilégiant des gestes ciblés, ou, temporairement, en orientant la prise en charge vers l’amélioration de la qualité cutanée (soins adaptés, peelings superficiels, photoprotection rigoureuse).

  • En acceptant que le visage retrouve une part de ses plis, de ses creux et de ses nuances, non comme un renoncement, mais comme l’expression d’un vieillissement harmonieux, cohérent avec l’âge, l’histoire et l’identité de chacun.

Les pauses thérapeutiques

Dans de nombreux cas, il n’est pas nécessaire d’arrêter définitivement les injections d’acide hyaluronique. Des pauses thérapeutiques peuvent suffire à rééquilibrer le visage.
Ces pauses offrent plusieurs avantages : diminution du risque de correction excessive, meilleure intégration des produits déjà injectés, réévaluation objective des besoins, respect du rythme biologique du visage.

Photo docteur Valeria Romano à Genève

Article rédigé par le Dr Romano Valeria

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