LE CONTOURING POUR VAGIN, LA TENDANCE QUI VA TROP LOIN

Médecine intime

Depuis quelques années, la médecine esthétique intime connaît un essor important, porté par une demande croissante de patientes souhaitant améliorer leur confort, leur bien-être ou leur image corporelle. Dans ce contexte, certaines pratiques émergent, parfois légitimes lorsqu’elles répondent à une indication médicale ou fonctionnelle clairement établie, parfois plus discutables lorsqu’elles s’inscrivent dans une logique purement esthétique, inspirée des codes du marketing ou des réseaux sociaux.
Le « contouring pour vagin » fait partie de ces tendances récentes qui suscitent interrogations, incompréhensions et inquiétudes. Derrière une terminologie séduisante et empruntée à l’univers du maquillage, se cachent en réalité des pratiques hétérogènes, mal définies, souvent mal expliquées aux patientes, et dont les bénéfices réels restent largement controversés sur le plan médical.
Il est essentiel d’apporter un éclairage rigoureux, objectif et scientifique sur ce sujet.

Sommaire

Qu’est-ce que le contouring vaginal ?

Le terme de contouring vaginal n’appartient à aucune classification médicale reconnue. Il ne figure ni dans les recommandations des sociétés savantes, ni dans les publications scientifiques de référence en gynécologie ou en médecine esthétique.
Il s’agit d’un terme marketing, inspiré du contouring du visage, qui désigne de manière vague un ensemble de gestes prétendument destinés à « redessiner », « embellir » ou « harmoniser » l’apparence de la vulve et de la région intime féminine. Cette absence de définition précise constitue déjà un premier problème majeur, car elle entretient une confusion entre différentes techniques, indications et zones anatomiques.
Sous l’appellation de contouring vaginal, peuvent être regroupées des pratiques très diverses, telles que des injections d’acide hyaluronique dans les grandes lèvres, des tentatives de modification visuelle des petites lèvres, voire des actes proposés sans réelle justification médicale. Cette imprécision ouvre la porte à des promesses irréalistes et à des attentes souvent déconnectées de la réalité anatomique.

Anatomie de la région intime féminine

La région intime féminine présente une anatomie complexe, variable d’une femme à l’autre, et parfaitement physiologique dans sa diversité. La vulve comprend notamment les grandes lèvres, les petites lèvres, le clitoris, le vestibule vaginal et les tissus environnants.
Il n’existe pas de norme esthétique universelle de la vulve. Les variations de taille, de forme, de symétrie et de pigmentation sont normales et ne traduisent aucune anomalie. Pourtant, la diffusion d’images standardisées et retouchées contribue à créer des complexes injustifiés chez certaines patientes.
La médecine esthétique intime ne devrait jamais chercher à uniformiser cette diversité, mais uniquement à intervenir lorsqu’un inconfort fonctionnel, une gêne psychologique profonde ou une indication médicale réelle sont identifiés.

Techniques du contouring vaginal

Dans la pratique, le contouring vaginal repose le plus souvent sur des injections d’acide hyaluronique au niveau des grandes lèvres. Ces injections peuvent avoir, dans certains cas précis, un intérêt médical ou fonctionnel, notamment chez des patientes présentant une fonte graisseuse liée à l’âge, à des variations hormonales ou à des traitements médicaux.
Les actes chirurgicaux sont la vaginoplastie et la nymphoplastie. Il est également possible, pour certaines indications, de réaliser une vaginoplastie laser.
Cependant, dans le cadre du contouring vaginal tel qu’il est promu sur certaines plateformes, l’objectif n’est pas fonctionnel mais purement esthétique. Il s’agit de modifier visuellement la région intime pour la rendre plus « pleine », plus « jeune » ou plus conforme à des standards arbitraires.
Lorsque ces actes sont réalisés sans indication claire, sans analyse approfondie et sans information honnête de la patiente, ils s’éloignent dangereusement de la médecine pour entrer dans une logique de consommation esthétique.

Ce que disent les sociétés savantes et les recommandations

Plusieurs organismes et sociétés savantes se sont prononcés sur la chirurgie esthétique génitale féminine. L’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) rappelle que les interventions destinées uniquement à modifier l’apparence ou la fonction sexuelle, en l’absence d’indication médicale claire (douleurs, séquelles obstétricales, prolapsus, incontinence, etc.), ne sont pas considérées comme médicalement indiquées, exposent à des risques et reposent sur des preuves limitées en termes de sécurité et d’efficacité.
L’ACOG souligne aussi que la chirurgie des petites lèvres sans indication médicale chez des patientes mineures est considérée comme contraire à la loi fédérale américaine, ce qui illustre la gravité des enjeux éthiques et la proximité de ces actes avec certaines formes de mutilation génitale. D’autres travaux en éthique médicale invitent à une grande prudence sur ces procédures, notamment en raison de l’absence d’essais contrôlés à long terme, de la pression commerciale et de la difficulté à garantir un consentement vraiment libre et éclairé à l’heure des réseaux sociaux.

Quels sont les risques des gestes génitales esthétiques ?

Toute intervention médicale, qu’elle soit injectable, instrumentale ou chirurgicale, comporte des risques. La région intime féminine ne fait pas exception. Elle se caractérise par une vascularisation abondante, une innervation dense et une fonction mécanique et sensorielle essentielle. Toute modification de cette zone doit donc être envisagée avec une extrême prudence.
Concernant les injections, les principaux risques associés à des gestes injustifiés ou mal réalisés dans cette région sont : douleurs persistantes ou chroniques ; infections locales ou profondes ; migration ou mauvaise intégration du produit injecté ; résultats asymétriques ou artificiels ; gêne fonctionnelle lors des rapports sexuels, de la marche ou de certaines activités physiques.
Pour la vaginoplastie laser, si certaines indications médicales existent, notamment dans le traitement de l’atrophie vaginale ou de certains symptômes liés à la ménopause, leur utilisation à des fins purement esthétiques soulève de nombreuses réserves. Les données scientifiques disponibles restent limitées, les résultats variables, et les bénéfices parfois modestes par rapport aux attentes générées. Une indication mal posée peut conduire à des déceptions, des douleurs persistantes ou une absence d’amélioration fonctionnelle réelle.
La vaginoplastie chirurgicale, quant à elle, est un acte invasif, irréversible, qui modifie durablement l’anatomie du vagin. Elle ne devrait être envisagée que dans des situations bien définies, avec une indication médicale claire, après un bilan approfondi. Les risques incluent des complications chirurgicales, des troubles de la sensibilité, des douleurs chroniques, des cicatrices internes ou une altération de la fonction sexuelle. Lorsqu’elle est proposée pour répondre à une demande esthétique non fondée, le rapport bénéfice-risque devient particulièrement défavorable.
La nymphoplastie, ou réduction des petites lèvres, peut répondre dans certains cas à une gêne fonctionnelle réelle, comme des frottements douloureux ou des difficultés lors de certaines activités. Cependant, lorsqu’elle est motivée uniquement par des considérations esthétiques influencées par des standards irréalistes, elle expose à des risques importants : troubles de la cicatrisation, douleurs prolongées, perte de sensibilité, altération de l’image corporelle. Là encore, une indication rigoureuse et un accompagnement médical sérieux sont indispensables.
À ces risques physiques s’ajoute un risque psychologique non négligeable. Modifier une zone aussi intime sur la base de critères esthétiques flous ou socialement imposés peut renforcer une insatisfaction corporelle, altérer le rapport à l’intimité et créer une dépendance à des corrections répétées.
L’ensemble de ces pratiques rappelle que la médecine esthétique intime ne peut se réduire à une logique de tendance. Chaque geste doit être guidé par une indication médicale solide, une information loyale et une réflexion éthique approfondie, afin de préserver non seulement l’intégrité physique, mais aussi l’équilibre psychologique et la qualité de vie des patientes.

Le cadre éthique indispensable en médecine esthétique

La médecine esthétique repose sur un rapport de confiance entre le médecin et la patiente qui implique une information claire, loyale et compréhensible, ainsi qu’un respect absolu de l’intégrité physique et psychologique.
Proposer un contouring vaginal sans indication médicale solide pose plusieurs questions éthiques. Le bénéfice attendu est-il réel et mesurable ? Les risques sont-ils proportionnés ? La demande est-elle libre ou influencée par des pressions extérieures ?
À Genève, où la pratique médicale est particulièrement encadrée, ces questions doivent être au cœur de toute décision thérapeutique.

Pourquoi le terme de contouring vaginal pose problème ?

En utilisant un vocabulaire issu du maquillage et du marketing, le contouring vaginal banalise un acte médical et occulte sa complexité. Il réduit une région intime, chargée d’histoire personnelle et symbolique, à un simple objet esthétique.
Cette approche va trop loin lorsqu’elle fait croire qu’une transformation visuelle superficielle peut résoudre des problématiques profondes liées à l’estime de soi, à la sexualité ou au rapport au vieillissement.
La médecine esthétique ne doit pas promettre ce qu’elle ne peut pas offrir.

Photo docteur Valeria Romano à Genève

Article rédigé par le Dr Romano Valeria

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