La question de l’arrêt des injections du visage est l’une des plus délicates et des plus importantes en médecine esthétique. Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas d’un sujet marginal ou anxiogène, mais d’un enjeu central de toute pratique médicale responsable. À Genève, où les patients recherchent des résultats discrets, durables et respectueux de leur identité, cette interrogation revient fréquemment en consultation.
Faut-il arrêter les injections à un âge donné ? Existe-t-il un seuil au-delà duquel les traitements deviennent contre-productifs ? Comment savoir si l’on est allé trop loin, ou au contraire si l’on peut poursuivre sans risque ? L’objectif de cet article n’est pas de fixer une règle arbitraire, mais d’expliquer les critères objectifs qui doivent guider la décision d’arrêter, d’espacer ou de réorienter les injections du visage.
Les injections d’acide hyaluronique et de toxine botulique ne sont pas faites pour figer un visage ni pour combattre le temps à tout prix. Elles ont du sens si elles aident à :
On commence à parler d’arrêt ou de pause lorsqu’un ou plusieurs de ces objectifs ne sont plus remplis, ou lorsque les contraintes (coût, temps, suites, inconfort) surpassent clairement les bénéfices.
L’une des idées les plus répandues consiste à penser qu’il existerait un âge à partir duquel les injections du visage ne seraient plus indiquées. Cette vision est simpliste et médicalement infondée.
En réalité, l’indication des injections ne dépend pas de l’âge chronologique, mais de plusieurs paramètres cliniques : la qualité de la peau ; la structure osseuse et graisseuse du visage ; la dynamique musculaire ; l’état général de santé ; les attentes et le rapport au vieillissement.
Certaines personnes peuvent bénéficier d’injections légères et ciblées à un âge avancé, tandis que d’autres doivent au contraire interrompre ou espacer les traitements plus tôt, lorsque le bénéfice esthétique devient limité ou incohérent.
Un signal d’alerte majeur justifiant l’arrêt ou la réévaluation des injections est la perte de cohérence anatomique du visage. Les injections d’acide hyaluronique et de toxine botulique doivent toujours s’inscrire dans le respect des volumes naturels et de la dynamique faciale.
Lorsque les injections entraînent un alourdissement des traits, une perte de lisibilité des expressions, une modification des proportions naturelles, ne impression de visage figé ou artificiel, le traitement n’est plus médicalement justifié. Dans ce contexte, poursuivre les injections aggrave le déséquilibre au lieu de l’améliorer.
Il est raisonnable de revoir la stratégie, voire d’arrêter, lorsqu’apparaissent certains signaux d’alerte :
Dans ces situations, le médecin a la responsabilité de proposer un ralentissement, une pause ou un arrêt, et d’ouvrir le dialogue sur ce que vous cherchez vraiment à travers ces actes.
L’âge en soi n’impose pas d’arrêter, mais il modifie la manière d’injecter et les objectifs, cependant l’emploi de la toxine botulique à niveau esthétique n’est pas recommandé après 65 ans.
À partir d’un certain âge, l’intérêt n’est plus de « gommer » toutes les rides mais d’accompagner le vieillissement : préserver la douceur des traits, soutenir les volumes, éviter l’effondrement brutal de certaines zones.
Chez les patients très âgés, la qualité de la peau (fine, fragile, parfois très marquée) limite ce qu’il est raisonnable de ‘demander’ aux injections. Le confort, la cohérence avec l’âge et la santé générale priment sur la recherche d’un « coup de jeune » spectaculaire.
Arrêter peut alors signifier : espacer les séances, diminuer les doses, simplifier les protocoles, se concentrer sur une ou deux priorités (par exemple, garder un regard ouvert) plutôt que de tout traiter.
On peut donc continuer les injections à un âge avancé si le résultat reste harmonieux, si les gestes sont adaptés et si la démarche respecte l’histoire et la personnalité de la personne. On peut aussi choisir d’arrêter plus tôt si l’envie, le sens ou le plaisir n’y sont plus.
Certaines modifications du visage répondent mal à la répétition des injections :
Dans ces cas, vouloir « compenser » à coups de seringues conduit rapidement à des excès. Il vaut mieux :
Arrêter les injections n’est pas un échec : c’est parfois la meilleure décision médicale, parce qu’elle évite de franchir la limite du « trop » qui finit par détériorer l’harmonie du visage.
Un médecin esthétique n’est pas là pour valider tous les désirs, mais pour filtrer, objectiver et protéger. Il doit :
Ce « non » argumenté, compassionnel et professionnel est parfois ce qui permet de restaurer une relation saine au miroir et au temps qui passe.
Arrêter ne signifie pas tout couper brutalement dans tous les cas. On peut, selon la situation :
Dans d’autres situations, un arrêt net peut être préférable : par exemple après un excès d’injections, ou lorsqu’un trouble de l’image semble clairement alimenté par la répétition des actes.
Lorsque les injections ne sont plus indiquées, d’autres options peuvent être envisagées, toujours dans un cadre médical strict.
Il peut s’agir de traitements améliorant la qualité de la peau, technologies de stimulation cutanée, soins médicaux de soutien, approches non invasives de raffermissement.
Pour savoir si le moment de ralentir ou d’arrêter est venu, il est utile de se poser, honnêtement, quelques questions simples :
Si plusieurs réponses vous mettent mal à l’aise, c’est le signe qu’une discussion approfondie avec votre médecin s’impose, non pas pour faire « une injection de plus », mais pour redéfinir ensemble le cap.
Article rédigé par le Dr Romano Valeria
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