DERMAPLANING, LE SOIN TENDANCE

Dermaplaning : un soin devenu viral

Depuis quelques années, les réseaux sociaux regorgent de vidéos vantant les mérites d’un nouveau rituel beauté : le dermaplaning. Présenté comme une technique miracle pour obtenir une peau lisse et lumineuse, ce soin séduit particulièrement les jeunes adultes. Selon le site de réservation de soins esthétiques, il figure aujourd’hui parmi les traitements esthétiques les plus demandés chez les 18-30 ans.
Proposé dans de nombreux instituts pour un tarif variant de 80 à 200 CHF la séance, le dermaplaning — ou rasage facial — consiste à exfolier la peau en la « grattant » délicatement à l’aide d’un scalpel. L’objectif serait double : éliminer les cellules mortes et retirer le duvet du visage afin d’obtenir une texture plus douce, un teint plus éclatant et une meilleure pénétration des soins cosmétiques.
Mais derrière cet engouement, cette technique n’est pas dénuée de risques. Son apparente simplicité peut donner l’illusion d’un soin anodin, alors qu’elle demande en réalité une parfaite maîtrise du geste et une connaissance approfondie de la physiologie cutanée.

Sommaire

Qu’est-ce que le dermaplaning ?

Le dermaplaning est une méthode d’exfoliation mécanique superficielle. À l’aide d’une lame fine, l’esthéticienne racle délicatement la couche cornée de la peau, c’est-à-dire la partie la plus externe de l’épiderme, constituée de cellules mortes. Ce geste permet également d’éliminer le duvet fin qui recouvre le visage.
En théorie, cette pratique améliore le renouvellement cellulaire, stimule la microcirculation et favorise l’éclat du teint. L’épiderme, débarrassé de ses impuretés, réfléchit mieux la lumière, ce qui confère à la peau un aspect plus uniforme et plus lisse. Les soins appliqués ensuite — sérums, masques ou crèmes hydratantes — pénètrent davantage, renforçant l’effet immédiat de « peau neuve ».
Le principe n’est pas nouveau. Le dermaplaning s’inspire des techniques de shaving facial popularisées depuis longtemps au Japon et aux États-Unis. Cependant, sa diffusion massive via les influenceurs beauté et les tutoriels en ligne a transformé ce soin professionnel en tendance accessible, parfois même pratiquée à domicile grâce à des kits vendus sur Internet. C’est précisément cette banalisation qui soulève aujourd’hui des inquiétudes chez les médecins.

Les bénéfices du dermaplaning

Réalisé avec précision par une esthéticienne formée, le dermaplaning permet d’obtenir une peau visiblement plus lisse et plus lumineuse. En éliminant les cellules mortes et le fin duvet qui ternissent le teint, ce soin favorise la réflexion de la lumière et offre un effet immédiat de « peau nette ». L’exfoliation mécanique stimule également le renouvellement cellulaire, améliore la microcirculation et optimise la pénétration des actifs cosmétiques appliqués ensuite. La peau paraît plus douce, les irrégularités s’estompent, et le maquillage adhère mieux. Utilisé ponctuellement, le dermaplaning peut donc apporter un véritable coup d’éclat et redonner au visage un aspect frais et uniforme, sans recourir à des produits chimiques.

Les dangers pour la peau

Si le dermaplaning est souvent présenté comme indolore et sans danger, il s’agit pourtant d’un acte technique nécessitant une formation rigoureuse. L’utilisation d’une lame sur le visage n’est jamais anodine : la moindre imprécision peut entraîner des microcoupures, des irritations ou, dans les cas les plus graves, des infections.
Le premier risque est celui de la blessure. Même minimes, les blessures sont des portes d’entrée pour les bactéries et peuvent provoquer une folliculite, une pustule ou une dermite infectieuse. Ce risque est d’autant plus élevé que la peau du visage, fine et vascularisée, réagit fortement à la moindre agression mécanique.
Le second risque concerne la fonction de barrière cutanée. En retirant la couche cornée, le dermaplaning fragilise la fonction protectrice naturelle de la peau. Celle-ci devient plus perméable et donc plus vulnérable face aux agressions extérieures : rayons ultraviolets, pollution, vent ou produits cosmétiques irritants. À court terme, cela se traduit par des rougeurs, des picotements et une hypersensibilité. À long terme, une répétition trop fréquente du soin peut altérer durablement la tolérance cutanée.
Enfin, ce traitement est contre-indiqué sur certains types de peau. Les personnes souffrant d’acné inflammatoire, d’eczéma, de rosacée ou présentant des lésions cutanées actives ne doivent en aucun cas y recourir. L’abrasion mécanique risquerait d’aggraver les symptômes, de provoquer une surinfection ou d’étendre la zone irritée.

Une pratique pas toujours maîtrisée

Dans les instituts de beauté, le dermaplaning est généralement effectué par des esthéticiennes formées. Pourtant, l’absence de réglementation spécifique et l’essor de la vente de kits à domicile favorisent une pratique parfois improvisée. De nombreuses vidéos en ligne encouragent le dermaplaning au domicile, sans toujours rappeler les précautions d’utilisation nécessaires.
Les médecins s’inquiètent de cette dérive. En effet, un mauvais geste ou un matériel mal désinfecté peut provoquer des microtraumatismes, des irritations ou une contamination bactérienne. Contrairement à un simple gommage, le dermaplaning implique un contact direct avec un instrument tranchant. Il devrait donc rester un soin professionnel, réalisé dans des conditions strictes de stérilité et d’hygiène.
L’application d’un antiseptique avant et après le soin, l’utilisation de lames à usage unique et la maîtrise du sens de rasage sont autant de paramètres déterminants pour garantir la sécurité du traitement.

Le rapport entre exfoliation et rajeunissement

Les partisans du dermaplaning avancent que le retrait des cellules mortes stimule la régénération cutanée, donnant à la peau un aspect plus jeune. En théorie, ce raisonnement a une explication : l’exfoliation favorise le renouvellement de l’épiderme et améliore la qualité de la peau.
Cependant, cet effet reste temporaire et purement superficiel. Le dermaplaning ne traite ni la structure du derme ni la production de collagène, deux éléments essentiels au maintien de la fermeté et de l’élasticité cutanées. Contrairement à certains peelings médicaux ou à la microdermabrasion contrôlée, il n’agit pas en profondeur.
Le résultat visuel immédiat — une peau douce et éclatante — est souvent perçu comme un effet « coup d’éclat » plutôt qu’un véritable traitement anti-âge. De plus, la stimulation répétée de la peau par friction peut, chez certains patients, entraîner une hyperréactivité ou une inflammation chronique, ce qui accélère paradoxalement le vieillissement cutané.
Ainsi, le dermaplaning peut être envisagé comme un soin d’entretien ponctuel, mais non comme une solution durable pour le relâchement ou les rides.

Microdermabrasion ou dermaplaning : quelles différences ?

Pour les patients désireux d’exfolier leur peau sans risque, la microdermabrasion est une alternative plus sûre et plus contrôlée. Cette technique utilise un flux de microcristaux ou une tête diamantée pour polir la peau en douceur, sans lame ni coupure.
La microdermabrasion permet d’obtenir un grain de peau plus fin, un teint plus homogène et une meilleure oxygénation des tissus. Elle ne provoque ni saignement ni inflammation importante, et convient à la majorité des types de peau, y compris les plus sensibles.
De plus, cette méthode peut être associée à d’autres soins esthétiques — comme les LED, les peelings légers ou Hydrafacial — pour optimiser les résultats. Mais, elle nécessite également une expertise professionnelle : un operateur qualifié saura ajuster la puissance de l’appareil et le nombre de passages en fonction de la tolérance cutanée.
En somme, la microdermabrasion se distingue du dermaplaning par sa précision, son contrôle et sa sécurité, tout en procurant un effet comparable d’éclat immédiat.

La peau après dermaplaning

Après une séance de dermaplaning, la peau apparaît immédiatement plus douce et plus lumineuse, mais aussi plus réactive. Sa barrière protectrice ayant été partiellement éliminée, elle devient particulièrement sensible aux agressions extérieures.
Il est donc indispensable d’adopter une routine post-soin adaptée : hydratation intense, protection solaire quotidienne et usage exclusif de produits non irritants. Les formules contenant des acides (AHA, BHA, rétinoïdes) doivent être évitées pendant plusieurs jours, le temps que la barrière cutanée se reforme.
Sans cette vigilance, les patients s’exposent à des réactions inflammatoires, à des taches pigmentaires ou à une altération de la qualité de la peau. C’est pourquoi le suivi et les conseils d’un professionnel sont essentiels pour préserver les bénéfices du traitement sans en subir les effets secondaires.

Le culte de la peau parfaite

Le succès du dermaplaning s’inscrit dans une tendance plus large : la recherche d’une peau lisse, uniforme et sans imperfection. Les filtres numériques et les standards esthétiques véhiculés sur les réseaux sociaux alimentent cette quête de perfection.
Ce phénomène n’est pas sans conséquence. La banalisation de gestes techniques autrefois réservés aux professionnels crée une confusion entre soin esthétique et acte professionnel. Or, même les procédures les plus simples exigent une compréhension fine de la physiologie cutanée et doivent être sécuritaires.
Le rôle du médecin devient alors essentiel : celui d’éduquer, d’informer et de prévenir. Plutôt que de céder à la mode du moment, il s’agit de replacer chaque technique dans son contexte scientifique et médical, afin que la beauté reste avant tout synonyme de santé.

Conclusion : un soin séduisant mais à encadrer

Le dermaplaning illustre parfaitement l’ambivalence des tendances esthétiques actuelles : une promesse d’éclat immédiat, mais au prix d’une manipulation délicate et potentiellement risquée. Si ce soin peut offrir un effet ‘coup d’éclat’ temporaire et améliorer la qualité de la peau lorsqu’il est pratiqué par une professionnelle expérimentée, il ne doit jamais être considéré comme anodin.
Mal exécuté ou répété trop fréquemment, il fragilise la barrière cutanée, augmente la sensibilité et expose à des complications infectieuses. Pour une exfoliation efficace et sûre, la microdermabrasion ou les peelings doux réalisés par un médecin sont des alternatives plus fiables.
En définitive, la beauté du visage ne réside pas dans la disparition totale du duvet ni dans une perfection artificielle, mais dans la préservation d’une peau saine, protégée et respectée. Le dermaplaning, comme toute technique esthétique, doit rester un acte réalisé par un operateur formé, jamais un geste improvisé.

Photo docteur Valeria Romano à Genève

Article rédigé par le Dr Romano Valeria

PARTAGER CET ARTICLE SUR

LinkedIn